Vous pouvez voir dans les photos ci-dessous l'état dans lequel se trouve un poste qui a passé 40 ou 50 ans dans l'oubli. Il est facile d'imaginer le travail à accomplir pour redonner la parole à ces vénérables objets du temps passé. Avec beaucoup de patience et de persévérance et il faut le dire, des connaissances en radioélectricité, on peut  les remettre en  état de marche. Les deux dernières photos (en bas) montrent le résultat final. 
 

 

Il faut d'abord acheter le poste 

 Vous êtes amateur d'objets anciens et vous avez envie de vous faire un décor rétro. Dans une brocante ou chez un antiquaire, vous tombez en arrêt devant un poste ancien. Avant de conclure la vente, commencez par examiner l'objet d'un peu plus près, sans vous attarder sur son aspect, forcément défraîchi et fatigué. Regardez surtout s'il est bien complet. Complet cela signifie d'abord qu'il ne manque pas de boutons et qu'ils sont bien identiques  et aussi que le carton arrière est bien présent. Ce carton arrière, c'est la carte d'identité du poste, là ou l'on trouve ses caractéristiques principales: fabricant, type, tension secteur et souvent le types de lampes utilisées. L'absence de ce carton dévalue le poste dans des proportions considérables. Les lampes doivent être présentes, et même si l'on peut admettre une manquante, un poste  vidé de toutes ses lampes doit être considéré comme une épave et payé comme tel. Vérifiez bien, s'il s'agit d'un poste en bakélite, que la carrosserie n'est pas fêlée et assurez vous dans tous les cas que le cadran est lisible et que l'aiguille de cadran est bien entraînée par le bouton de recherche des stations. L'entraînement de cette aiguille est un système à ficelle, reconnu par tous les dépanneurs et restaurateurs comme un sujet de cauchemar. Un aspect un peu crasseux n'est pas un empêchement à l'achat, car vous serez étonné de la facilité avec laquelle on peut assez facilement redonner brillance et éclat. 

 

Ce qu'il faut surtout ne pas faire

Le traditionnel marchandage étant fait, vous ramenez votre emplette à la maison et là, par pitié, ne cédez pas à la tentation de l'essayer. Vous n'avez aucune chance de l'entendre fonctionner sauf dans le cas, peu probable, ou le vendeur vous aurait fait une démonstration convaincante de bon fonctionnement. Personnellement, en vingt ans de recherche le cas ne s'est pas souvent produit!. Partez du principe que le poste ne marche pas. Pourquoi donc? Les postes à lampes ont en moyenne 50 ou 60 ans et souvent plus. Depuis la fin des années 50, ils ont été relégués dans les greniers, les caves et les abris de jardin Ils ont connu beaucoup de mauvais traitements. Les araignées, les moisissures et la poussière les ont envahis, la rouille les a attaqués, les contacts se sont oxydés, les condensateurs électrochimiques se sont décomposés. de plus l'humidité les a imprégnés Le vendeur les a ,certes débarbouillés pour les rendre présentables à la vente, mais cela ne change rien à l'état de leurs entrailles. Il est facile de comprendre que dans ces conditions une mise sous tension sans précaution risque de transformer votre belle acquisition en bombe à retardement ou en générateur de fumée. Les dégâts seraient irréversibles. Vous pouvez voir ci dessous l'état dans lequel ils peuvent se trouver et il est facile d'imaginer ce qui se passerait si l'on mettait sous tension et sans précaution  un poste dans cet état.

Ce qu'il faut commencer par faire

Faire la toilette

De même que l'on se déshabille avant de prendre une douche, il faut démonter le poste pour bien le nettoyer. On prendra soin, auparavant, de mettre du dégrippant sur toutes les vis et de laisser agir plusieurs heures. Extraire le châssis de l'ébénisterie ne pose pas, en général ,de difficultés particulières. Bien repérer les pièces de fixation, en se rappelant que les fabrications de l'époque étaient très artisanales et la standardisation aléatoire... Une fois les différents composants séparés (châssis, haut parleur, ébénisterie etc..), le nettoyage proprement dit peut commencer.

Comment procéder

a) L'ébénisterie en bakélite:  après un dépoussiérage, puis un lavage à grande eau additionnée de détergent, rincer et sécher puis lustrer, avec un tampon de ouate imbibé de ''Miror''. Faire briller.

b) L'ébénisterie en bois de placage: après dépoussiérage, passer de laine d'acier très fine imbibée de popote d'antiquaire et faire briller. Il est souvent prudent de s'arrêter là, car un décapage complet et un revernissage sont des opérations délicates. Les rayures et éclats peuvent être atténués à l'aide de crayons de retouche que l'on trouve dans toutes les grandes surface de bricolage.

c) Les boutons: les mettre à tremper dans une solution détergente (produit à vaisselle), puis décrasser à l'aide d'une vieille brosse à dents.

d) Le châssis:  dépoussiérer au pinceau, puis nettoyer le tout à l'alcool à brûler qui a la qualité de ne pas être agressif. Proscrire les nettoyants du type acétone ou tri chlore qui risquent de dissoudre les isolants et les matières plastiques.

e) Le haut parleur: la membrane étant très fragile. Se contenter d'un dépoussiérage au pinceau.

f) La toile du haut parleur ou cache membrane: c'est un point délicat. Si elle n'est pas déchirée mais seulement sale ou défraîchie, faire un nettoyage en place avec un produit très doux et laisser sécher à l'air libre. Son remplacement par un vulgaire tissu d'ameublement risque de défigurer le poste. Ne pas hésiter à prélever la toile d'un autre poste en respectant autant que possible le mariage des genres...

g) La glace de cadran: sans précaution, cette opération d'apparence très simple, peut se transformer en catastrophe, c'est à dire que l'on risque, d'un coup de chiffon, d'effacer toutes les inscriptions et de se retrouver avec un morceau de verre à vitre dans les mains! La face non sérigraphiée peut être nettoyée avec un produit à vitres. L'autre face doit être nettoyée, à sec, avec d'infinies précautions en commençant toujours par un coin. Les glaces des postes les plus récents sont protégées par un ''coating'' qui rend les inscriptions ineffaçables. Elles peuvent être lavées à grande eau.

h) Les lampes: vérifier qu'elles sont bien à leurs places respectives. Relever leur marquage avant de les faire briller. Une goutte de colle cyanolite  permet de faire tenir les tétons de l'électrode supérieure et de consolider les assemblages parfois un peu branlants au niveau de l'ampoule et du culot. 

 

Et maintenant que vais je faire?

Vous avez pratiqué dans votre vie professionnelle, l'électronique à lampes? 

Ce chapitre ne vous concerne pas car vous n'avez pas besoin de conseils

 

Vous êtes nul ou presque en électricité?

Un conseil?  Remontez soigneusement le tout et contentez vous de  contempler votre poste ou confiez le à un restaurateur professionnel. 

Vous trouverez une liste complète, et à jour, de réparateurs spécialisés, classée par département, en consultant le site de l'association  RADIOFIL  www.radiofil.com. à la rubrique "Adresses utiles".

 

Vous avez des connaissances en électricité, vous êtes même électronicien, mais les lampes on ne les apprend plus à l'école.    

En suivant les quelques conseils qui suivent vous avez la possibilité de tenter une remise en service:

 

Vérifiez l'état du cordon d'alimentation, et n'hésitez pas à le changer, mais essayez de respecter le style de l'époque . Un cordon plastifié avec une prise surmoulée sur un poste des années 30, cela fait un peu anachronique

 

Poste ''secteur'' ou poste ''tous courants'', comment les distinguer? 

C'est très facile et important à savoir. Un poste secteur est un poste qui possède un transformateur d'alimentation (facile à repérer) permettant, au choix, de l'alimenter en 110 volts ou en 220 volts par déplacement d'un cavalier. Ces postes ne présentent pas de dangers particulier, à condition d'avoir présent à l'esprit que des tensions continues de 250 volts sont partout présentes et que les poignées de châtaigne ne sont pas très agréables à ramasser. La manipulation du châssis est sans danger car il est, par construction, au potentiel zéro.  Il n'en est pas de même des postes dits ''tous courants'' Ces postes pour des raisons de légèreté et d'économie ne possèdent pas de transformateur. Ils pouvaient même fonctionner sur des secteurs en courant continu qui ont existé dans certaines régions jusqu'à la fin des années 30. La tension de fonctionnement est souvent limitée à 110 volts.

 

Travailler sur ces postes est extrêmement dangereux,  Vous avez une chance sur deux, exactement , que le châssis soit relié à la phase du secteur et le toucher revient à mettre ses doigts dans une prise de courant! Il faut impérativement utiliser un transformateur d'isolement 220v/110v. Un simple auto transfo ne vous protège en rien.

Ces précautions étant prises, il faut examiner l'état des fils de câblage qui peuvent être cassants ou détériorés. Les remplacer ne pose pas de difficultés particulières pour qui sait se servir d'un fer à souder. 

Repérer et changer  les résistances  noircies ou carbonisées, ainsi que les condensateurs qui ont l'air d'avoir transpiré et coulé. Remplacer systématiquement le double condensateur de filtrage de l'alimentation, qui est en général constitué par un tube d'aluminium fixé sur le châssis à proximité de la valve de redressement et du transfo d'alimentation. Repérer et  changer systématiquement le condensateur de liaison entre l'anode de la pré ampli BF et la grille de la lampe de sortie. Il se trouve en général à proximité du potentiomètre de volume. Pulvériser un produit à nettoyer les contacts sur toutes les galettes des contacteurs de changement de gamme, ainsi que sur la piste du potentiomètre de volume.

6, 5, 4, 3, 2, 1, 0   feu! 

Vous pouvez maintenant procéder à la première mise sous tension. Confectionnez une antenne de fortune avec un fil d'une dizaine de mètres. La main sur la prise, de façon à être prêt à toute éventualité en cas de fumée suspecte, mettez en route et regardez si les filaments des lampes rougeoient et si les ampoules de cadran s'allument. A l'aide d'un voltmètre regardez monter la haute tension qui doit s' établir à environ 250 volts pour un poste secteur et 100 volts pour un tous courants. En vous mettant sur la gamme grandes ondes, vous avez de grandes chances, en tournant le bouton d'accord, de capter une des puissantes stations du type Europe1 France Inter ou RTL.

C'est toujours un moment d'émotion d'entendre, ces objets du passé reprendre vie et s'animer après des années et des années de silence. Bien sûr tous les dépannages ne sont pas aussi idylliques que celui que j'ai tenté de vous décrire ici, mais c'est un scénario qui se déroule assez souvent. Les pannes vicieuses, les réglages impossibles, les accrochages qui font siffler et ronfler le poste, les mécanismes d'entraînement d'aiguille qui patinent, cela existe aussi, mais avec un peu d'habitude, on vient en général à bout des problèmes que peuvent poser ce genre d'appareils.

 

Bibliographie

Avant d'entreprendre la restauration d'un poste, il est sage de se documenter sur les principes fondamentaux de la radio, sur l'histoire et la chronologie des techniques qui ont été utilisées.Il est important de pouvoir dater un poste et d'identifier ses principaux composants. Il n'est point besoin pour y arriver de posséder ni un gros bagage scientifique, ni un niveau mathématique supérieur. Je recommande à tous ceux qui sont intéressés par le sujet de se procurer un ouvrage remarquable intitulé "L'Encyclopédie Pratique de la Radio"
C'est un livre unique et exhaustif de S. Logez et D. Maignan consacré à la TSF sous toutes ses formes. Indispensable pour apprendre les bases de la TSF, se perfectionner ou bénéficier d’une méthode de dépannage, il s’adresse au néophyte comme au technicien. Nombreuses planches et fiches techniques Renseignez vous sur le site www.radiofil.com            

 

On peut citer aussi d'autres ouvrages bien connus

La restauration des récepteurs à lampes par André Cayrol aux éditions Dunod ( www.dunod.com)

La radio? mais c'est très simple par Eugène Aisberg  chez le même éditeur.