L'apparition de la radio entraîne une véritable révolution sociale et culturelle  à l'aube du 20 ème siècle

Pour commencer, reportons nous 80 ans en arrière et essayons d'imaginer, un instant , l'état d'isolement dans lequel vivaient nos grands ou arrières grands parents quand ils habitaient dans un coin de campagne reculé, à l'écart des grandes voies de communication, ou bien dans un hameau perdu, au fond d'une vallée oubliée. Que dire aussi de l'isolement total, inconcevable aujourd'hui, dans lequel se trouvaient les malades, les personnes âgées vivant seules, ou les fonctionnaires de l'administration coloniale, en poste au fond de la brousse africaine ? Comment pouvaient ils imaginer qu'il leur serait possible, bientôt de rompre cet isolement et d'avoir facilement accès à l'information, à la musique, à la culture et de s'engager ainsi sur les chemins de la connaissance? En vérité, ils ne l'imaginaient pas, mais petit à petit, la presse écrite rendit compte des résultats obtenus par les pionniers de la nouvelle technique qui allait permettre de faire circuler de l'information, sans aucun support matériel, par dessus les continents, les montagnes et les océans.

En France, les promoteurs de la radiodiffusion sont l'armée, qui possède l'émetteur de la Tour Eiffel, l'administration des P.T.T. et la puissante compagnie de matériel radio électrique, la C.S.F. C'est cette dernière qui se lance la première dans l'aventure, l' État lui concédant la construction et l'exploitation de la station Sainte Assise (près de Melun en Seine et Marne). 

La radiodiffusion, sous forme d'émissions publiques régulières ,commence  le samedi 25 novembre 1921.C'est donc une station privée qui inaugure le règne de la radio en France.

Le 24 décembre de la même année  la Tour Eiffel  commence à diffuser des émissions destinées au public.

Le 8 novembre 1922, création par la C.S.F.. de la station privée Radiola qui deviendra Radio Paris puis le Poste Parisien. L'émetteur est installé à Levallois puis à Clichy.

En janvier 1923 la première radio d' État voit le jour. Les P.T.T. installent un émetteur 103 rue de Grenelle à Paris au ministère de cette administration. Naissance de Radio P.T.T. 

Très vite le territoire se couvre d' émetteurs régionaux ou locaux. Des stations très  puissantes commencent à assurer des liaisons radio-télégraphiques avec les pays de l'empire colonial français. La carte, ci dessous, datée de 1928, montre l'état du réseau et la direction des liaisons réalisées.

 

Une nouvelle race fait son apparition: l'auditeur

Maintenant que l'infrastructure d'émission existe et que l'industrie commence à fabriquer des postes  récepteurs de façon quasi industrielle, il faut inventer le plus difficile: le contenu des émissions et dans ce domaine, rien bien sûr n'existe. Tout est à faire et à créer  Le ''sans filiste '' de l' époque héroïque qui bricolait un poste à galène au fond de son grenier était plus soucieux de la qualité du signal reçu que du contenu et du sens de ce qu'il entendait. Il fait bientôt place à des personnes qui souhaitent profiter de cette nouveauté sans avoir trop de problèmes techniques à résoudre. 

La demande était forte, et l'imagination des créateurs de programmes très fertile, le résultat ne se fit pas attendre, le nombre de postes en service augmente à un rythme vertigineux. On peut  l'estimer à quelques milliers en 1921, le cap des cent mille a du être franchi en 1925. En 1932 à la veille de l'institution de la redevance sur les postes de T.S.F, la France possède un million de récepteurs. il y en aura 3 millions en 1936 et cinq millions en 1939.

 

Que diffusait la T.S.F.?

Il ne reste, hélas, aucune archive sonore des années héroïques car  les moyens d'enregistrement n'existaient pas encore. Les plus anciennes datent du milieu des années 30. Pour vous faire une idée de ce qui était diffusé à l'époque cliquez dans le chapitre Illustrations sonores

 

 

 

Dans les premiers temps elle diffusa avant tout de la musique et de la musique classique. C'est l'époque des radio concerts qui ont un succès immense auprès des auditeurs. Plus de la moitié des programmes lui est consacrée.

Vous pouvez voir ci contre le programme des émissions de la Tour Eiffel et de Radio Paris pour le lundi 13 août 1928. Il est extrait du journal '' T.S.F. hebdo ''.

Le succès de ces radio concerts s'expliquent par le fait, qu'à l'époque  il n'était pas facile d'écouter de la musique. Les salles de concert n'existaient que dans les grandes villes, et les places étaient chères. Les disques 78 tours joués sur un phono étaient d'une qualité médiocre.  Il faut savoir que, compte tenu de leur durée (3 minutes environ), les 9 symphonies de Beethoven représentaient une centaine de disques! En conséquence la plupart des gens n'écoutaient jamais de musique. La radio va donner la possibilité à tout possesseur d'un poste de T.S.F. d'avoir un accès à un nombre infini de concerts et ainsi la musique va faire son entrée dans les foyers, même les plus modestes. Les moyens d'enregistrement n'existant pas, les stations diffusaient de la musique, en direct, à partir d'auditoriums. Les orchestres les plus prestigieux y étaient conviés.  

La gravure ci contre est parue dans le numéro spécial du journal '' L' Illustration'' du 23 mars 1923 consacré à la T.S.F.

Elle montre une jeune fille en train de broder, un casque d'écouteurs sur la tête, une petite fille joue à ses pieds, une douce lumière  semble baigner la pièce. Le titre de la gravure est '' La broderie interrompue''. L'auteur de cette charmante composition  est René Lelong .

 

Le commentaire qui accompagne la gravure illustre parfaitement la pensée de       l'époque, c'est à dire l'émerveillement devant ce qui est considéré encore comme un prodige technique. 

Voici ce texte aux accents très lyriques:

Les soirées de travail étaient longues, jadis, pour la rêveuse... Pendant que son aiguille suivait docilement les petits sentiers tortueux de sa broderie, sa pensée captive se meurtrissait parfois aux barreaux de la prison de sa vie quotidienne. Au delà de ces murs, c'est peut être la vie ardente, l'action, la poésie, le rêve  l'invitation au voyage.... Les heures passent, décevantes, inutiles... Et la brodeuse sentait son âme s'alourdir de tristesse ou d'envie.

 

Aujourd'hui, un miracle de la science a fait s'écrouler les murailles de la prison. Sans quitter son foyer, sans cesser de surveiller les jeux de sa petite sœur, la jeune fille se trouve au centre  des effluves de beauté  et de tendresse qui cheminent, invisibles, dans l'éther. Des ondes magnifiquement imprégnées d'idéal et de spiritualité, caressent ses oreilles et son cœur. Les chefs d' oeuvre de la pensée humaine battent des ailes autour d'elle et l'enchantent. Des vagues d' harmonie déferlent doucement jusqu'au fond de la chambre bien close. Des voix pathétiques, la plainte émouvante des violons, les doux soupirs de la flûte, la cristalline pluie de perles de la harpe ont franchi les montagnes et les vallées pour venir du fond d'une lointaine cité, peupler son imagination de divins fantômes. Elle n'est plus seule. Elle a des amis de choix, Mozart, Schumann, Chopin, Gabriel Fauré lui rendent visite et lui murmurent de précieuses confidences.

Et l'on devine en observant son regard ému et charmé , que, ce jour là pour mieux les écouter, elle ne brodera pas plus en avant.

 

Vers une radio de distraction amusante, dynamique mais aussi commerciale

La radio officielle de l' État, une fois passé le stade de la découverte, est vite considérée comme austère et un peu ennuyeuse. Le ton des informations dans '' Le journal parlé '' est solennel et guindé. Les radios privées, essaient avec plus ou moins de bonheur de faire plus dynamique  et de mieux répondre à la demande des auditeurs. En 1935, une nouvelle station privée fait son apparition, sous le nom de Radio Cité. Elle est dirigée par Marcel Bleustein Blanchet. Une jeune et dynamique équipe de journalistes, d'animateurs et de vedettes va inventer la radio moderne. Le financement est assuré par la publicité. C'est une époque très fertile  au cours de laquelle de jeunes talents comme Charles Trenet et Edith Piaf, entre autres, seront révélés .L'arrivée en direct des étapes du Tour de France, la retransmission des tournois de tennis, les chansonniers, les radio crochets  les feuilletons sont des innovations datant de cette époque.

La belle aventure des radios privées s'achève en 1940. Un décret du gouvernement de Vichy établit un monopole d' État. Durant quatre longues années ce sera l'heure de la radio de propagande. L' écoute de la radio anglaise, la B.B.C., brouillée par les autorités est formellement interdite. Elle diffuse cependant la célèbre ritournelle " Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ...''

A la libération, le décret de monopole n'est pas abrogé, et les radio privées ne réapparaissent pas. Radio- Luxembourg et Radio Monte Carlo contournent la loi en ayant leurs studios en France mais leurs antennes d'émission hors du territoire français. C'est dans le même contournement de la loi que la station d'Europe N°1 voit le jour en 1955. Son style nouveau, son dynamisme, sa jeunesse bouleverse le style des radios de l'époque. Rappelez vous le temps de ''Vous êtes formidables'' , ''Salut les copains", "Pour ceux qui aiment le Jazz'' etc...

Face à la concurrence des radio périphériques, c'est ainsi que l'on nomme les stations privées , la radio d' État fait elle aussi beaucoup de progrès pour se moderniser et conserver ses parts de marché. Elle devient Radio France avec une station généraliste ( France Inter) et des stations spécialisées (France culture, France Musiques, France-info etc...) .Pour faire entendre sa voix au monde, elle dispose de Radio France International, qui émet en FM mais aussi sur les bandes d'ondes courtes qui ont la merveilleuse propriété de se propager sur pratiquement, toute la surface de la terre. 

En 1981, une nouvelle loi mettra fin au monopole d'État. C'est la liberté des ondes retrouvées et l'apparition des radios libres.